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Chapitre 1:Tôt le matin
Respire les effluves, les parfums d'Orient
Sous l'étuve les fumées d'encens
Brûle tes poumons dans les torpeurs enivrantes
Hume les fleurs, leurs senteurs navrantes
Laisse loin la rumeur des villes
Si ta vie est tracée : dévie!
Prends des routes incertaines, trouve des soleils nouveaux
Enfile des semelles de vent, deviens voleur de feu
Défie Dieu comme un fou, refais surface loin des foules
Affine forces et faiblesses, fais de ta vie un poème
Sois ouragan, encre rebelles, houngan!
Empereur de brigands, Mackandal, Bois-Caïman
Écris des récits où te cogner à des récifs
Une feuille blanche est encore vierge pour accueillir tes hérésies
Lis entre les vies, écris la vie entre les lignes
Fuis l'ennui des villes livides si ton cœur lui aussi s’abîme !
Un jour, un jour, un jour j'me barre, hasta la vista !
Je reste pas sur place, j'attends pas le visa !
J'vais parcourir l'espace, pas resté planté là.
Attendant que j'trépasse et parte vers l'au-delà...
Mourir sous les étoiles, pas dans de petits draps !
J'vais soulever des montagnes avec mes petits bras !
Traverser des campagnes, des patelins, des trous à rats.
M'échapper de ce bagne, trouver un sens à tout ça...
J'vais rallumer la flamme, recommencer l'combat !
Affûter ma lame pour replonger en moi !
Un fantôme se pavane dans son anonymat.
Rêve d'un pays d'Cocagne où l'on m'attendrait là-basµ...
Car dans la ville je meurs à nager dans des yeux...
Des regards transparents qui me noient à petit feu.
La zone est de mépris, la vague est d'indifférence,
la foule est un zombie et je vogue à contresens...
Entendre le son des vagues lorsqu'elles s'agrippent à la terre ferme.
Cultiver le silence, tout est calme, plus rien n'interfère...
Rechercher la lumière, un jour peut-être trouver la clarté...
En nous le bout du monde, faire de son cœur une île à peupler.
Ouvrir de grands yeux clairs au bord d'immenses lacs émeraudes...
Se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l'aube...
Aux premières heures du jour tout est possible si l'on veut reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu
Briser les chaines, fissurer la dalle,
inventer la lune, que tous la voient.
Devenir vent de nuit, pousser la voile...
Et s'enfuir vers des rives là-bas...
Chapitre 2:Solstice
Ils comprennent rien les soumis, les idiots, les vulgaires.
A la tristesse de l'Eden, aux clartés de l'Enfer...
Il faut goûter son sang car le sang est esprit...
On suicide un silence en accouchant d'un cri.
J'habite un désastre sous la colère des Dieux !
Où le monde doit s'éteindre pour qu'on ouvre les yeux...
Et le vin à la bouche, et le coeur sous le pieu,
on fera voeu de renaître de quelques cendres de feu
J'effeuille les corolles de ce qu'on veut de la vie.
Un peu de vent sur la peau, les caresses d'une fille,
s'envolaient tout là haut pour gratter l'équinoxe.
Etre un arbre écrivain en s'écorchant l'écorce.
Mais tout ça s'est cassé en un éclair, coincé,
sous une chape de béton armé.
Mes enfants, le solstice c'est dans longtemps,
Mais longtemps c'est maintenant...
Chapitre 3:Irruption
On sort en trombe, en nombre, on se déverse en plaine,
en centaines, en millions, en milliards ou en millièmes.
De quelques simples gouttes à des marées humaines.
Des jaillissements d'aurore pour éclairer des emblèmes.
Des lanternes dans la tête, si l'on plonge dans les ténèbres,
on nous appelle "PD", "blancos", "bougnoules" ou bien "nègres".
On vit dans la riposte, on réfléchit après-coup !
On vit extra-muros, donc on arrive par vos égouts !
Nous sommes des cargaisons de femmes voilées, des youyous stridents,
Des rastas, des casquettes tournées, des voyous prudents,
des espoirs accrochés, des paradis assassinés,
des parents épuisés enfantant des gosses méprisés,
de la marmaille bruyante, des petits morveux frisés,
engraissés d'allocations qui donnent des prétextes à voter
Trouver des bouc-émissaires, les égorger pour l'Aïd !
Mourir dans une clairière sans treilli pour ce pays.
L'affiche est couleur sang, et Manouchian vient pas d'Auvergne !
Le tirailleur t'emmerde, il a fécondé ta grand-mère !
On investit Brongniart, le dos au mur comme Jean-Pierre Thorn...
On s'en fout du grand soir parce que la nuit, c'est bien trop morne !
On veut même pas de soleil mais des éclipses pour faire l'amour,
Pour que l'instant soit bref, intense comme un fruit qu'on savoure.
Aux armes miraculeuses on a lu Césaire et Prévert.
On viendra vous faire la guerre avec la parole poudrière.
On n'désigne plus l'ennemi, parce qu'il est partout même en nous !
On va mourir debout parce qu'on a vécu à genoux...
On est sourds aux slogans élimés par trop de manifs,
On devient arrogants on veut rimer comme des canifs !
On n'a plus 20 ans mais on n'en aura jamais 60 !
Car on bouffe du bisphénol à l'heure d'une planète suffocante !
On fait de nous des enfants pour nous interdire des luttes !
Donc nous on pend Peter-Pan, on va redevenir adultes !
On a coincé nos rages entre le mérite et l'héritage !
Et les puissants confisquent ce que les pauvres se partagent !
À leurs chaises musicales, personne ne joue, personne s’assoit !
On occupe du terrain, être indigné ça va de soi !
Angela ké fend'tchou aw pendant que ton papa est bien là !
On va ouvrir les portes de Soledad ou Attica !
Pharmaco-dépendants des OGM pour nous doper !
J'ai recraché l'assiette, monté le cheval et galopé,
braqué un RER-dilligence ; l'Apache de Belleville viendra crier vengeance comme Balavoine arrive en ville !
Ils veulent nous assigner des places, et nous faire saigner !
Les amoureux aux bancs publics n'arrêteront jamais de s'aimer !
Depuis que nos checks ressemblent à des poignées de mains de Montoire,
on ne laissera personne parler au nom de nos espoirs !
On n'est pas des victimes, encore moins des condamnés !
On arrivera de l'aube en irruption spontanée...
Chapitre 4:Paris métèque
J'ai débarqué Paris d'un monde où l'on te rêve...
J'ai fui les périls, les déserts où l'on crève...
Tu m'as ouvert tes bras, toi ma Vénus de Milo !
Tu brillais trop pour moi, je n'ai vu que ton halo...
C'est pour ça que je l'ouvre, ma gueule est un musée,
je vis loin du feutré et des lumières tamisées
Dans tes ruelles cruelles ou tes boulevards à flics,
dans la musique truelle des silences chaophoniques
Paris ma belle beauté, tes prétendants se bousculent dans le brouillard épais de tes fines particules
Moi pour te mériter, je t'écrirai des poèmes.
Que je chanterai la nuit tombée debout sur la scène...
Paris s'éveille sous un ciel océanique,
l'accent titi se mêle à l'Asie, l'Amérique, l'Afrique.
Je suis une fleur craintive dans les craquelures du béton.
A gagner deux sous, à dormir dessous les ponts.
Paris bohème, Paris métèque, Paris d'ancre et d'exil...
"Je piaffe l'amour" médite une chinoise à Belleville !
Leonardo da Vinci se casse le dos sur un chantier...
Je vois la vie en rose dans ces bras pakistanais !
Il tourne le gyrophare, petit cheval de carrousel,
galope après les tirailleurs qui rétrécissent la tour Eiffel,
d'un squat, d'un bidonville, d'une chambre de bonne ou d'un foyer...
Je t'écris des poèmes où des fois je veux me noyer...
Une ville de liberté pour les différents hommes...
Des valises d’exilés, des juifs errants et des roms.
Aux mémoires de pogrom, aux grimoires raturés...
Des chemins d'Erevan, aux sentiers de Crimée.
Caravanes d'apatrides, boat people, caravelle,
sur tes frontons Paris viennent lire l’universel.
Et souvent je t'en veux, dédaigneuse et hautaine...
Capitale de la monde a joué la mondaine.
Laisse-nous consteller la vraie nuit que tu ignores !
Cesse donc de faire briller les milles feux de ton décor !
Paris ma belle je t'aime quand la lumière s'éteint,
on écrit pas de poème pour une ville qui en est un...
Chapitre 5:A trop courir
De mauvaises herbes insoumises lézardent les trottoirs,
je ne dors pas, j'ai l'insomnie de ma cité dortoir.
Toute ma vie j'ai rempli mon caddie d'illusions,
moi je téléphone, je télécommande et je télévision.
Silence, on tourne, on vit, on rit mais ça ressemble à du playback...
Mon banquier c'est James Brown et tous les mois c'est Payback.
Des millions d'Andy Warhol s'impatient sur le quai de la gare,
pour un quart d'heure de trajet dans le train de la gloire...
On veut être star à l'instar des étoiles...
L'intimité s'étale en prime-time, se vend sur PayPal.
On intronise le médiocre, plus de caviar, que du Bic Mac.
On prépare une pensée fast-food dans les cuisines de l'audimat...
Du pain et des jeux pour calmer les ventres creux,
du Xanax dans l'émeute, du Prozac pour miséreux...
Fermez vos livres s'ils vous apprennent à hésiter !
Méfiez-vous, à vouloir vivre on peut finir par exister...
A trop courir après mes rêves j'fais des claquages au cœur...
Quand j'y crois plus je prends la plume pour prendre de la hauteur...
A trop courir après mes rêves...
A force des courbes se dessinent sous mon regard somnifère,
'ai voulu décourber l'échine à courir après mes chimères...
J'ai envolé mes rêves dans des avions de papier.
Et j'ai voulu la vie d'château en m'endormant dans un clapier...
La mer est belle monsieur, j'ai gommé les nuages.
Voyez les valises sous mes yeux : elles m'invitent au voyage...
Le ciel est beau madame, j'ai dessiné l'image.
Écoutez donc l'oiseau qui chante, enfermé dans sa cage...
J'ai fabriqué des mondes, j'ai mis des mots et des rires, des pleurs...
Et puis le temps lui a buriné mes rides, j'ai peur.
Je cours, j'veux d'autres odeurs pour mes narines !
Je danse, je tourne, petit ballerine sur baril de poudre,
la poésie que je brode, c'est d'la dentelle à coudre.
Quand c'est l'orage dehors, j'en ai plus rien à foudre !!
J'ai fais des rêves d'un rien, maintenant j'ai rien qu'mes rêves...
Et c'est leur loi d'airain qui fait que je dérive...
Loin au large, j'ai vu mon île tu sais,
toucher au but j'y vais enfin j'essaie...
Des paquets d'rimes pour que mon âme affleure,
je veux faire des victimes avec des armes à fleurs !
Je ralentis le pas, j'reprends mon souffle parfois...
Il y a mes rêves qui tardent face au cadran qui tourne...
Fin
A suivre
Un jour...
Un jour...